Les Ehoes Entreprenuers: Face à WeWork, Knotel à L'attaque Des Grosses Entreprises

As published in Les Echos Entrepreneurs

Quand Amol Sarva, le fondateur de Virgin Mobile, et Edward Shenderovich, un serial entrepreneur d'origine russe, décident de créer Knotel en 2015, WeWork tisse déjà sa toile dans les métropoles américaines depuis cinq ans. Si les espaces de travail partagés de la start-up new-yorkaise séduisent les indépendants et les jeunes pousses en quête de bureaux peu chers, l'offre ne correspond pas toujours aux besoins des moyennes et grosses entreprises. Quand celles-ci ouvrent des locaux dans une nouvelle ville pour une équipe d'une à deux centaines de salariés, elles ne veulent ni les partager avec d'autres firmes ni inviter leurs clients dans un espace uniformisé sans leur logo.

Deux des caractéristiques de WeWork intéressent cependant ces sociétés : la recherche de baux plus courts et de solutions clefs en main leur évitant de recourir à de multiples prestataires - entretien, réception, sécurité, mais surtout aménagement de l'espace. Un intérêt qui laisse une brèche dans laquelle les deux entrepreneurs vont s'engouffrer. Et à la manière du spécialiste des préfabriqués Katerra , Knotel arrive à réduire les frais de construction en utilisant du mobilier sous forme de « blocs de Lego », accélérant dans le même temps l'installation et le déménagement.

Accélération en Europe

Trois ans et demi après sa création, Knotel loue, aménage et gère plus de 200 espaces répartis dans 13 villes aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil et en Europe pour le compte d'entreprises comme Microsoft, IBM, Oracle ou Starbucks. La start-up new-yorkaise revendique la première place du podium en nombre de locaux dans la « Grosse Pomme », où elle gère 125 bureaux, mais aussi à San Francisco et Paris.

La société met désormais le turbo en Europe. Après avoir racheté son concurrent berlinois en juillet 2018, elle a mis la main sur Deskeo, son équivalent français, au début de l'année, récupérant 20 espaces d'un total de 30.000 m2. Depuis, la surface gérée par Knotel a doublé dans la capitale française. Ses services sont notamment utilisés par Shell et Travelex, mais aussi par La République En marche pour son siège dans le 2e arrondissement de Paris.

Dans la guerre qui l'oppose à WeWork pour obtenir les meilleurs emplacements, Knotel part désavantagé, avec 160 millions de dollars levés contre 12 milliards de dollars pour son concurrent. Mais l'entreprise, également new-yorkaise, fourbit ses armes pour séduire les propriétaires.

« Nous n'achetons pas de locaux mais passons des partenariats avec les propriétaires proches de ceux des hôteliers : au lieu de leur payer un loyer, nous partageons les revenus avec eux. Cela leur permet de gagner 12 à 15 % de plus », assure le président de la société. Edward Shenderovich met également en avant la création d'« une plate-forme à la Airbnb », permettant aux propriétaires de lister leurs biens et de recevoir une proposition de Knotel « sous 24 heures » puis de conclure le contrat en un mois, contre neuf en moyenne. Une rapidité d'exécution qui s'appuie sur 42Floors, une base de données sur le marché immobilier rachetée par Knotel en juillet dernier. Cet outil leur a permis de créer un algorithme évaluant la valeur des propriétés d'une façon « précise et rapide », supprimant ainsi le maximum d'intermédiaires.

Son succès ne laisse pas WeWork indifférent. La décacorne a dégainé une offre similaire à destination des entreprises de taille moyenne, HQ by WeWork, l'été dernier. Les acteurs traditionnels comme IWG et CBRE accélèrent aussi dans leurs offres de bureaux flexibles.

Pour garder son avantage, la start-up se prépare à annoncer une nouvelle levée de fonds cet été, indique le président de l'entreprise. Selon le « Wall Street Journal », le tour de table pourrait être de plusieurs centaines de millions de dollars, transformant Knotel en dernière-née du cheptel des licornes américaines.

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